Le mercredi 19 septembre 2007 à 14h00, le Président de la République française Nicolas Sarkozy viendra se recueillir sur le site de
la Sablière où les nazis fusillèrent 27 otages le 22 octobre 1941. Parmi eux, Guy Môquet, 17 ans et demi, dont l’attitude dramatiquement courageuse est érigée aujourd’hui en exemple d’engagement
et d’héroïsme pour toute la jeunesse de France. Nous en sommes honorés.
Beaucoup s’en émeuvent en raison de l’évident fossé qui sépare les convictions politiques de Guy Môquet - militant des Jeunesses communistes et fils du député
communiste Prosper Môquet - du projet politique de notre Président de la République, issu de l’UMP. Localement, on se souvient que l’ancien Maire de Châteaubriant, Xavier Hunault, père du maire
actuel a longtemps entretenu une double commémoration du souvenir, refusant de se mêler aux communistes. Il avait également marqué son opposition au projet d’attribuer le nom de Guy Môquet
au lycée public d’enseignement général en 1977. C’est Martine Buron qui a œuvré pour la réconciliation et l’organisation d’une cérémonie du souvenir commune à tous, dans un esprit républicain.
Très récemment encore, Alain Hunault, maire UMP de Châteaubriant, a refusé d’inscrire dans une délibération du conseil municipal (pour nommer le gymnase Guy Môquet) que Guy Môquet a été choisi
comme otage à exécuter en raison de ses convictions politiques en compagnie de 26 camarades pour la plupart communistes ou syndicalistes de la CGT. On voit bien que la commémoration de ce
terrible événement suscite encore des réticences non plus sur la cérémonie en elle-même, mais sur la manière de lire ou dire l’événement et sur la portée que l'on veut lui
donner. Pourtant, une chose est certaine : l’événement appartient à tous les citoyens.
Au cœur de l'émotion collective et de cette commémoration nationale, c’est tout le problème du travail de l’Histoire et de sa relation au « devoir de
mémoire » qui resurgit. La mémoire constitue un patrimoine mental permettant de construire des représentations, des valeurs collectives pour inspirer le présent[1]. La commémoration célèbre cela. Mais la mémoire est aussi affective, parfois sélective. Pire, elle peut être arrangée,
tronquée et verser dans l’instrumentalisation et la manipulation de l’opinion, surtout lorsqu'elle sombre dans la pure émotion, détachée de l'histoire. Or, l'émotion ne produit pas de
sens. Dans ce cas, la mémoire est faillible et risque d'entrer en conflit avec la vérité historique.
L'histoire, elle, établit les faits, confronte les témoignages, replace l'événement dans un contexte et une perspective longue. Pour autant, l’histoire est-elle
toujours objective ? L’historien dit-il toujours la vérité ? En tout cas, dans les démocraties, elle s’efforce d’être un « chemin vers la vérité ». D’ailleurs,
depuis quelques années, la mémoire devient aussi un sujet d’étude pour l’historien. « On parle beaucoup du devoir de mémoire. Ne vaudrait pas mieux parler de devoir d'histoire et de droit à la mémoire ? N'est-ce pas le meilleur moyen de promouvoir la procédure de vérité que doit être
l'histoire ? »[2]. Il est évident que si l'on veut donner du sens à la commémoration par la lecture de la lettre de
Guy Môquet dans les lycées le 22 octobre prochain, il est nécessaire de trouver auparavant le sens de l'Histoire[3]. Du point de vue de l’enseignant, il s’impose de replacer l'événement dans le cadre de l'histoire de la Résistance, dans celui de
l'histoire du parti communiste, dans la réflexion sur les thèmes de la citoyenneté et de l’engagement qu’invitent à traiter les programmes d’histoire, d’ECJS et de philosophie. À ce sujet, les
controverses historiques sont encore vives, les mots de la vérité sont souvent difficiles à affirmer et la construction d'une mémoire est lente. Mais ce nécessaire labeur construit les valeurs et
les principes d’une république démocratique.
À nous de rappeler que la mémoire est citoyenne et non l’outil populiste du politique en mal d'instruments pour recréer la cohésion sociale et nationale.
[1] Paul Ricoeur "La mémoire, l'histoire, l'oubli", Seuil, 2000, 675
pages.
Par Danièle Catala
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